Depuis deux mois, j'ai choisi l'association AFAL (Association National d'Alzheimer) pour réaliser mon projet d'investigation de travail de terrain pour l'université.
Chaque lundi entre 10h et 12h, je me rend au bureau d'AFAL et j'aide Virginia dans quelques taches administrative, ou alors je me pose à la cafétéria et j'observe les gens qui passent et je prends des notes (tel est le but de mon travail, observer...).
Le lundi 17 novembre, Virginia me propose de travailler avec Vicenta, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Cette expérience m'a complètement ouvert les yeux, c'était comme une porte ouverte sur la maladie...
Nous devions réaliser un exercice, plutot simple à première vue, mais qui s'est révélé extremement difficile...
En face de Vicenta, une planche avec trois tours, six anneaux de couleur différente. L'exercice est le suivant : je montre un dessin à Vicenta avec la planche et les trois tours et sur la tour de droite, les anneaux disposés dans un ordre donné. On commence avec 4 anneaux. Je lui montre le dessin et je lui explique qu'elle doit le représenter de la meme manière en mettant les anneaux de couleur dans le bon ordre. Et là, c'est le drame... elle ne comprends pas ce que j'explique, ainsi je me remet dix fois en question, j'explique avec d'autres mots mais mon espagnol n'est pas parfait. Elle met des anneaux sur toutes les tours alors qu'ils sont tous concentrés sur une seule tour, celle de droite, je fais donc le premier avec elle en lui expliquant ma logique.
15 dessins se succèdent, avec quatre anneaux puis cinq puis enfin six couleurs et à chaque fois que je change de dessin, elle me dit "je dois faire quoi?" avec un grand sourire et je lui explique calmement et avec toute la patience du monde ce qu'elle doit faire. Parfois elle arrive à en faire deux sans se tromper, parfois elle pose les couleurs dans le sens inverse en commançant par le haut, parfois elle recommence à mettre des anneaux sur les tours de gauche et du milieu.
Virginia me dit que cet exercice est un exercice de latéralité pour les sourds (Vicenta n'est pas vraiment sourde mais disons qu'on peut parfois devoir répéter quelques phrases).
Vicenta me fait beaucoup rire quand après avoir lutté dix minutes pour poser les quatre anneaux dans le bon ordre sur la bonne tour me dit "c'est très facile!".
S'en suit une petite discussion entre deux femmes d'une génération complétement différente : elle me dit n'avoir jamais vu de femme porter de bague au pouce avant moi, je lui dis que les temps changent, la mode évolue (bien que la bague au pouce ne soit pas vraiment fashion je l'admet...). Puis nous parlons de la longueur de nos cheveux. Je m'aperçois de la difficulté à tenir une discussion avec cette femme qui doit bien avoir 80-90 ans. Je ne peux lui demander si elle a déjà fait ce type d'exercice avant ni ou elle habite à Madrid ni depuis combien de temps. Je me rend compte à quel point le temps régule notre vie et que la perte de celui-ci nous rend différent, perturbé, perdu.
Je revois Vicenta dans une semaine et ça m'enchante.
Chaque lundi entre 10h et 12h, je me rend au bureau d'AFAL et j'aide Virginia dans quelques taches administrative, ou alors je me pose à la cafétéria et j'observe les gens qui passent et je prends des notes (tel est le but de mon travail, observer...).
Le lundi 17 novembre, Virginia me propose de travailler avec Vicenta, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Cette expérience m'a complètement ouvert les yeux, c'était comme une porte ouverte sur la maladie...
Nous devions réaliser un exercice, plutot simple à première vue, mais qui s'est révélé extremement difficile...
En face de Vicenta, une planche avec trois tours, six anneaux de couleur différente. L'exercice est le suivant : je montre un dessin à Vicenta avec la planche et les trois tours et sur la tour de droite, les anneaux disposés dans un ordre donné. On commence avec 4 anneaux. Je lui montre le dessin et je lui explique qu'elle doit le représenter de la meme manière en mettant les anneaux de couleur dans le bon ordre. Et là, c'est le drame... elle ne comprends pas ce que j'explique, ainsi je me remet dix fois en question, j'explique avec d'autres mots mais mon espagnol n'est pas parfait. Elle met des anneaux sur toutes les tours alors qu'ils sont tous concentrés sur une seule tour, celle de droite, je fais donc le premier avec elle en lui expliquant ma logique.
15 dessins se succèdent, avec quatre anneaux puis cinq puis enfin six couleurs et à chaque fois que je change de dessin, elle me dit "je dois faire quoi?" avec un grand sourire et je lui explique calmement et avec toute la patience du monde ce qu'elle doit faire. Parfois elle arrive à en faire deux sans se tromper, parfois elle pose les couleurs dans le sens inverse en commançant par le haut, parfois elle recommence à mettre des anneaux sur les tours de gauche et du milieu.
Virginia me dit que cet exercice est un exercice de latéralité pour les sourds (Vicenta n'est pas vraiment sourde mais disons qu'on peut parfois devoir répéter quelques phrases).
Vicenta me fait beaucoup rire quand après avoir lutté dix minutes pour poser les quatre anneaux dans le bon ordre sur la bonne tour me dit "c'est très facile!".
S'en suit une petite discussion entre deux femmes d'une génération complétement différente : elle me dit n'avoir jamais vu de femme porter de bague au pouce avant moi, je lui dis que les temps changent, la mode évolue (bien que la bague au pouce ne soit pas vraiment fashion je l'admet...). Puis nous parlons de la longueur de nos cheveux. Je m'aperçois de la difficulté à tenir une discussion avec cette femme qui doit bien avoir 80-90 ans. Je ne peux lui demander si elle a déjà fait ce type d'exercice avant ni ou elle habite à Madrid ni depuis combien de temps. Je me rend compte à quel point le temps régule notre vie et que la perte de celui-ci nous rend différent, perturbé, perdu.
Je revois Vicenta dans une semaine et ça m'enchante.

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